Patrimoine dénaturé

Si certains éléments patrimoniaux sont en péril (par exemple, l'hôtel dit de la chancellerie du présidial, situé rue du Lion Ferré, et en particulier les éléments sculptés du portail, alors que le bâtiment est inscrit) ou menacés de destruction, le plus souvent par méconnaissance (cas de la Rotonde SNCF), malheureusement, certains travaux réalisés dénaturent les lieux, voire mettent, à moyen terme, en péril,le bâtiment.

Les cas les plus répandus sont les
bouchage de soupiraux, ce qui entraîne un moindre renouvellement de l'air et conduit à moyen terme à un taux élevé d'humidité dans la cave, humidité qui va remonter par les murs, le sol, et entraîner des dommages au bâtiment.

Une autre malfaçon est le
ravalement de façade : on gratte la chaux, les joints, puis on applique une couche de ciment avant de faire par dessus une chaux à l'ancienne. Le ciment est une catastrophe sur les façades en calcaire, et en particulier en tuffeau. Le ciment empêche le mur de respirer, contrairement à la chaux, or la pierre a besoin de respirer. Dans ce cas, l'humidité va s'évacuer dans les murs intérieurs des bâtiments. En cas de revêtement intérieur en ciment également, le mur va se gorger d'humidité. L'autre désordre est chimique : la composition chimique de la pierre et du liant ou/et de l'enduit doivent être proches, c'est pour cela que les anciens jointaient le calcaire avec de la chaux (réalisé à partir de calcaire) et que les Romains réalisaient leur chaux avec le calcaire de la même carrière que le calcaire.
Le ciment agresse la pierre : les sels de la pierre sont drainés vers le ciment, par différence de capilarité, entraînant les micro-particules qui assurent la cohésion de la pierre. Le calcaire, ayant perdu sa cohésion se transforme plus ou moins rapidement en poudre. Les pierres entières devront donc, à terme être changées.

Un autre cas est la mise en place de
compteurs edf/gdf ou de vannes d'arrêt n'importe où, ou de pose de gaines, qui dénaturent les façades, dans une ville pourtant réputée pour son patrimoine, qui fait partie d'une des 167 villes d'Art et d'Histoire, et qui est inscrite au Patrimoine Mondial de l'humanité par l'UNESCO dans le cadre du Val de Loire.

Des éléments de portes disparaissent aussi peut à peu : poignées anciennes remplacées par des poignées achetées en magasin de bricolage, heurtoirs, voire battant.... d'autres font leur aparition : digicodes gris sur des portes anciennes...

Le tout se fait en général sans autorisation, alors que pour le secteur protégé, elles sont obligatoires pour les moindres changements, pour les autres quartiers, certains travaux relèvent uniquement de la conscience de chacun.
© 2013 blois.me
Cet immeuble comporte un vantail et un encadrement datant de la 1ère Renaissance. Il a été inscrit au Monuments Historiques en 1928, pourtant, à 50 cm d'une porte Renaissance (vantail et encadrement), un compteur gdf a été installé, et ce, en lieu et place d'un soupirail. Dénaturation de la façade (même si une porte est installé plus tard), limitation de l'aération de la cave, qui va accentuer l'humidité et qui va détériorer à terme la cave, et le bâtiment, par remontée d'humidité par capilarité. Notons également la présence d'un tuyau peu esthétique qui passe dans cette porte, et qui a été "caché" par une cornière métallique encore plus voyante, ainsi que de fils électriques qui dépassent pour installer un interphone (sans autorisation, mais l'ABF est intervenu). Blois est Ville d'Art et d'Histoire et est inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO....

Après demande de renseignements au services de la ville, il s'avère qu'
aucune autorisation n'ait été demandée...
Avant "restauration"
Après "restauration"
Cette immeuble est composé de deux bâtiment (le bâtiment Ouest situé sur la Place Avé Maria, datant du début du 17e siècle) et le bâtiment Est, datant de la fin du 15e siècle). Ils ont été reliés entre eux lors de la construction du bâtiment Ouest, par une galerie en bois. Notons également l'existence de vestiges médiévaux (cellier notamment).

Cette galerie a fait l'objet de
travaux de rénovation lors de l'été 2012, mais a été dénaturée par la pose d'une cornière métallique moderne et extrèmement voyante qui n'a rien à voir avec l'esprit du bâtiment. Avant ces travaux, de fines plaques de plomb protégeaint les poutres de la pluie et remplissaient ce rôle de protection. C'est ce qu'on observe dans tous les bâtiments anciens.

Même dans les bâtiments modernes, ce genre de cornières sont évitées tellement elles sont disgrâcieuses et voyantes, alors, que dire de leurs utilisation sur un bâtiment ancien datant des alentours de 1600....
En plus du remplacement de la fine plaque de plomb, peu visible, par une cornière de plus de 15cm de haut, le dessus des garde-corps ont aussi été remplacés, de plomb, on passe à du bois. Certaines poutres semblent avoir été retaillées pour cela.
D'autres changements, de moindre importance, mais qui sont à noter : un fragment de poutre, certes, rapiécée, mais moulurée, a été remplacée par une poutre non moulurée.
Nous pouvons également remarquer que par endroit, des potelets ont été intégralement remplacés et leur nombre a évolué (sans doute pour que le vide entre les deux correspondent à la largeur des briquettes). Cela sinifie que l'assemblage des deux poutres horizontales a été retravaillé.
Autrefois, les briquettes étaient orientées de manière à loger dans l'espace situé entre les pans de bois, donc parfois de manière oblique, ce qui donne à l'ensemble cet aspect "chantant". Dans cette restauration, elles ont été coupées et posées quasiment à plat.

Après renseignements auprès des services compétents de la villes ainsi qu'aux services départemental du patrimoine, il s'avère qu'
aucune autorisation de ravalement n'aient été demandée (pourtant obligatoire car secteur sauvegardé).
Exemple 1 : pose d'un compteur / vanne d'arrêt à côté d'une porte Renaissance d'un bâtiment inscrit Monuments Historiques, en lieu et place d'un soupirail, 6 rue pierre de Blois.
Exemple 2 : ravalement d'une façade à loggias et pose d'une cornière métallique disgrâcieuse, 1-3, rue du Puits-Châtel.